Habiter le territoire, se laisser habiter

Au delà des produits de soins corporels et de la teinture végétale, Silva Herbo est un hommage au territoire au travers de l’usage de nos plantes locales ( mais aussi ) au travers des histoires qui l’ont forgé, de ceux qui ont vécu ici avant nous et de ce tout ce qu’ils nous ont laissé au passage.


C’est donc avec émerveillement, curiosité et passion que nous avons eu la chance d’explorer entre les branches de discussions avec les locaux, quelques morceaux d’histoire qui ont forgé le territoire tel qu’on le connait aujourd’hui.


Voici quelques unes de nos découvertes, ceux qui ont su filer dans les années le tissus d’histoire qui forme ce territoire qui nous habite.

1895 et ça se passe ici sur la terre, au bord de la petite rivière Mitis (autrefois appelée la rivière Smith), qui serpente et traverse notre lot, en passant à côté de la maison et en continuant jusqu’au fleuve.


On lit à l’endos de la photo: « 2e à droite: Madame François Xavier Lebel » (son nom de fille était en fait Flore Hudon).


Voici leur histoire:


C’est François-Xavier Lebel qui aurait quitté Kamouraska pour s’installer dans la Mitis. Autour de l’année 1884, il achète 2 moulins à farine (qu’on appelait autrefois « moulins banal ») et construit le premier moulin de Saint-Octave-de-Métis. Chaque moulin sera donné à un de ses 3 fils:

  • Moulin du ruisseau à la loutre, près de Sainte-Luce acheté «avec ses meules, bluteaux, tournants et travaillants…» avant d’être donné à son fils Joseph Lebel (cultivateur et meunier) en 1891. Depuis, le moulin a abrité un commerce de restauration: Le Café du Moulin (1991-1996). Il appartient aujourd’hui à Gervais Syrois et Sylvie Dubé, qui en ont fait un centre de formation spécialisé en éducation. Depuis 2006, ils offrent au public la possibilité d’y séjourner comme «Gîte du passant» du 1er juin au 30 d’octobre.

  • Moulin de la rivière Tartigou, près de Saint-Ulric

  • 1e Moulin de Saint-Octave-de-Mitis, cédé à son fils Cyprien Lebel.

Notre voisine Diane Dubé nous raconte que ses grands-parents (Cyprien Lebel et Augustine Beaulieu) ont eu 10 enfants au coeur de cette grande maison-moulin, dont Marie-Simone Elisabeth Lebel (sa tante), qui vivait ici avant nous.


C’est le 19 janvier 1944, au coeur de l’hiver, qu’un incendie a ravagé le moulin à farine, emportant avec lui la maison familiale et l’ensemble des photos de famille qui auraient pu nous éclairer sur l’importance des installations et les activités du moulin. Cette même année, Cyprien (qui avait déjà 62 ans) aura dû se retrousser les manches pour construire la nouvelle maison familiale, probablement avec l’aide de « Menoncle Léonce », qui s’est occupé de la ferme suite à la mort de Cyprien en 1950.

Heureusement, la maison actuelle de Diane avait été construite en 1930 (elle appartenait alors à sa grand-mère Alphonse Dubé) et la famille aura pu s'y réfugier en partie, en plus de compter sur l'aide de Monsieur Joseph Lévesque et de d'autres voisins pour se loger durant les travaux!

Déménager dans cette grande maison remplie de mémoires et d’histoires oubliées, comme un rendez-vous avec le temps et sa manière de si bien arranger les choses...


Tant de questions et tant de réponses précieuses que nous offre Diane sur ces moments de son enfance qui semblaient si doux! Elle nous raconte entre autre où était autrefois la pompe manuelle à eau à cet endroit dans la cuisine, comment le verger de pommiers en haut de la rivière était si parfaitement entretenu, comment Mononcle Léonce allait les chercher à l’école en cheval les jours de tempête pour ne pas qu’elle son frère aient à marcher et comment, une fois chez eux, ils s’empressaient de traverser le boisé qui les séparaient de la maison familiale pour s’y rendre malgré tout, comment encore sa mère avait pour habitude d’apporter les enfants les dimanches après-midis au bord de la rivière pour y faire des piques-niques (toujours au même endroit) et enfin, comment un morceau de garde-fous routier s’est ramassé au milieu de la forêt.


(Cette fois là, il y avait eu un accident et quelqu’un avait brisé le garde-fous. Mononcle Léonce s’était fâché parce que la ville ne venait toujours pas la chercher et il l’as attaché au cheval pour le cacher en forêt!) - On aurait bien pu se poser des questions, on aurait eu du mal à la résoudre celle-là! -


Mais le moulin à farine n’était en fait pas le seul. Au fil des discussions avec Diane, nous avons réalisé qu’il y avait également (sur ce même morceau de rivière) un moulin à bois et un peu plus loin, un moulin à carder (pour la laine). Un chemin était même emménagé pour relier les différents moulins et ce chemin existe toujours!


Quelle surprise d’apprendre que ces vieux arceaux de métal qui bordent la rivière étaient autrefois un tunnel dans lequel l’eau passait pour alimenter les palles du moulin et qu’enfant, Simone et ses frères et soeurs s’amusaient à descendre ce tunnel comme un toboggan! (laissant des sueurs froides aux parents évidemment)

Ce qu’il en reste


Encore tellement de mystères qui parsèment ce terrain débordant d’histoire…

- Pourquoi retrouve-t-on au milieu du boisé, un vieux congélateur Coca Cola?

- Qu’est-ce qu’était cette construction dont on voit encore les poutres de cèdres en haut de la rivière, bien caché?

- Qui vivait dans cette vieille cabane qui est encore à moitié debout et dont les planches étaient larges comme une table?


Nous retrouvons encore de grandes poutres de cèdre là où se tenait autrefois le moulin à bois et des fondations de pierres au moulin à farine qui a brûlé ; des (très) vieux pommiers et des pruniers parsèment l’ensemble du terrain ; on retrouve de vieux chemins qui avaient été emménagés et dont la nature a repris le dessus un peu partout ; on retrouve des plantes ornementales en pleine forêt et nous avons même retrouvé au bord de la rivière de vieux engrenages et morceaux de pales qui appartenaient au moulin!

Simone Lebel et sa famille a toujours cultivé ce petit morceau terre, juste de l’autre côté du rang, pour y faire pousser fraises, framboises, légumes, fleurs... au bout des années, la terre à bois a été séparée de la maison et vendue, mais les propriétaires qui se sont succédés (incluant nous) ont toujours laissé Simone y continuer ses jardins.


Quel privilège que de remettre à l'honneur ces lieux, re-fusionner la maison à la terre à bois et de perpétuer ce jardin où continuera de fleurir cosmos sulphureux, indigo japonais, coreopsis, mélisse, guimauve, alchémille et autres plantes précieuses pour le bonheur des yeux et le soin de la peau!


Il y a des lieux comme ça où il y a toujours eu des jardins et où il semble qu’il y en aura toujours...